C'est l'année de Paul Thomas Anderson
Cette fois-ci, c’est la bonne. Cette fois-ci, ce l’est, n’est-ce pas? C’est cette année que Paul Thomas Anderson (PTA) remportera finalement l’Oscar du meilleur réalisateur. Il a frappé fort avec son dernier film Une bataille après l’autre (One battle after another) et un succès d’estime mixé au climat politique compliqué des États-Unis pourraient bien lui rapporter la récompense qu’il lui a toujours échappée.
Encore une fois, à quelques mois de la cérémonie des Oscars, on est en position de se dire que Paul Thomas Anderson pourrait être l’un des grands gagnants de la soirée. Le hic, c’est que ce scénario, on l’a déjà vu. Depuis 1996, PTA s’est imposé comme l’un des grands noms de la réalisation aux États-Unis. Surtout apprécié par les cinéphiles, il a atteint une réputation comparable à certaines légendes du cinéma, comme Quentin Tarantino, David Fincher ou Christopher Nolan.
Ses films ont été récompensés à quelques reprises par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, Meilleurs costumes, Meilleur acteur… Pourtant, il n’a jamais ramené l’Oscar du meilleur réalisateur à la maison.
En 11 nominations, rien. Comment ça se fait? Eh bien, des fois, il a été en compétition avec des films tout simplement incroyable, comme en 2007 contre Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme (No country for old men). D’autres fois, et bien, c’est plus difficile à comprendre… Tout ça est derrière nous, cette année est la bonne. Plusieurs facteurs laissent penser que Paul Thomas Anderson rentra chez lui avec au moins une statuette dorée cette fois-ci.
D’abord, un casting qui fait rêver, de quoi s’attirer les yeux des cinéphiles, comme ceux du grand public. Léonardo DiCaprio, Senn Penn, Benicio Del Toro, trois acteurs qui ont déjà été récompensés par l’Académie pour leur jeu. À eux trois seuls, ils ont 14 nominations aux Oscars, de quoi laisser penser qu’ils pourraient encore être en compétition. Même si des nominations pour les acteurs ne mènent pas forcément à une reconnaissance pour le réalisateur, il n’est pas rare que les films soient célébrés dans plusieurs catégories.
De plus, la sympathie du public sera avec le film. Léonardo DiCaprio est l’un, sinon l’acteur le plus populaire dans le monde depuis maintenant une dizaine d’années. Senn Penn et Benicio Del Toro sont des acteurs aimés du public depuis les années 90 et Teyana Taylor est une chanteuse R&B avec un certain succès qui transitionne doucement vers de plus gros rôles au cinéma. En gros, un casting bien choisit qui pouvait laisser présager un succès au box-office.
Et c’est exactement ce qui s’est passé. Une bataille après l’autre a rapporté près de 190 millions de dollars mondialement. Il est facilement devenu le film le plus populaire de Paul Thomas Anderson et se place dans le top 20 du box-office en 2025.
Encore plus importante pour les cérémonies de récompenses, la réception du film a été sans équivoque chez les critiques. Une note moyenne de 9,4/10 sur Rotten Tomatoes, un site qui regroupe les avis de différents critiques professionnels. 95% d’appréciation sur Metacritic, un autre site Web du même genre. Dans les deux cas, il se classe numéro 1 parmi les films de 2025.
Finalement, on arrive, selon moi, sur l’argument le plus important pour qu’Une bataille après l’autre soit considéré comme favori pour la saison des récompenses : le climat politique aux États-Unis.
Depuis toujours, les Oscars ont un penchant pour les films qui explorent des moments « importants » ou marquants de l’histoire, ou des sujets difficiles. On peut penser à des films récents comme Oppenheimer (2023), Le livre de Green (Green Book) (2018), Spotlight : Édition spéciale (2015), Esclave pendant douze ans (Twelve Years a slave) (2013), bref… la liste est longue.
Une bataille après l’autre est un miroir de la situation actuelle chez nos voisins du sud. Beaucoup plus profond qu’un simple drame familial, PTA brosse le portrait d’une nation qui ne sait plus cohabiter. Chaque personnage mène une guerre personnelle en plus de prendre part à la guerre politique qui semble prendre le dessus sur l’humanité.
Une Amérique post-Trump, post-pandémie, où la violence règne et la mort est trouvable à chaque coin de rue. Une Amérique où personne n’est en sécurité, où les alliés d’aujourd’hui deviennent les ennemis de demain. Dans le film, comme dans la réalité, les États-Unis vivent dans une tension constante : divisions raciales, violences policières, polarisation des opinions politiques, et désinformation. Le film ne prend pas position. PTA se contente de pointer les blessures de tous les personnages sans les juger.
Sans tomber dans la morale politique, Thomas Anderson préfère montrer les conséquences humaines de la tragédie moderne. Pas de grands discours, ni même de solutions, que des silences, des visages fatigués et des actes manqués.
Pour une Académie qui aime se positionner en tant que « conscience » d’Hollywood, Une bataille après l’autre se dégage comme le candidat parfait pour rafler la cérémonie. Un film d’une lucidité percutante, rempli d’émotions, qui réussit à refaire vivre la compassion, même pour Lockjaw (Senn Penn), qui, au final, lui aussi s’est fait trahir par l’Amérique qu’il idéalisait.
Ma prédiction finale : au moins 2 trophées pour PTA, Meilleur réalisateur et Meilleur scénario adapté (écrit à partir du roman Vineland, de Thomas Pynchon).
Articles les plus aimés
-
L’espace tamponrel
Il semble manquer des produits menstruels dans les toi...

