Habiter la terre autrement

Il y a quelques mois, j’ai appris que l’architecte Douglas Cardinal a conçu le Musée canadien de l’histoire en s’inspirant des croyances autochtones. Avez-vous déjà remarqué que tous les murs sont courbés et qu’il n’y a pas un seul coin ? Ceci reflète la croyance autochtone que les coins coupent l’énergie. 

Mais pourquoi est-ce important d’inclure les philosophies autochtones dans de telles conceptions ?

Nous savons que les Autochtones sont les fondateurs du Canada. Pourtant, la colonisation a bouleversé leurs modes de vie, et l’imposition d’un modèle de développement européen les ont empêchés d'aménager leur espace de façon autonome. 

En raison d’une architecture inadaptée à leurs cultures, les Premières Nations vivent maintenant des crises de logement majeures. 

Aujourd’hui, plusieurs architectes canadiens cherchent à décoloniser la pratique en donnant la parole aux Premiers Peuples pour encourager leur réintégration dans la société. 

D’abord, l’architecture favorise la visibilité des Premières Nations et développe leur indépendance communautaire. 

Graduellement, les Premières Nations revendiquent leur place dans l’industrie en incluant leurs croyances dans leurs travaux. Le Centre touristique La Conception, prévu pour 2027, en est un bel exemple. Le projet mise sur la connexion, et Marie-Joëlle Tremblay, responsable, souligne qu’il « symbolise la réconciliation [...] entre Autochtones et allochtones. » 

Les organismes de l’industrie travaillent fort pour soutenir ce mouvement. Notamment, Architecture sans frontières Québec collabore avec les Premières Nations du Québec et les Inuits du Nunavik afin d’assurer un meilleur accès au logement et améliorer les conditions de vie des communautés.

De plus, en 2016, l’Institut royal de l’architecture du Canada a lancé le Groupe de travail autochtone, qui est composé de membres autochtones. Pourquoi c’est important ? Car à ce jour, il y a seulement vingt architectes autochtones au Canada. On parle d’un cinquième d’un pour cent.

L’initiative inspire aussi les jeunes Autochtones à travailler dans le domaine pour contribuer au développement de leurs communautés. C’est le cas d’Evelyne Stewart et Isaac Verreault-Lambert, qui désirent bâtir un avenir plus fort pour leurs peuples. 

Plus encore, l’architecture crée des ponts entre Autochtones et allochtones, ponts qui déconstruisent les stéréotypes. La réappropriation de l’identité autochtone dans l’industrie suscite une prise de conscience de la société qui va au-delà de la conception d’immeubles. 

En fait, avec les changements climatiques et la demande grandissante pour la diversité culturelle, les connaissances autochtones attirent de plus en plus l’attention des architectes en quête de solutions durables, menant à des partenariats importants.

C’est ce qu’a vécu Marc Blouin lors d’un projet à Kuujjuarapik, au Nunavik. Il affirme que c’était « une réelle immersion dans la culture » et un rappel de l’importance de préserver et de diffuser celle-ci.

La rénovation de l’aérogare de Quaqtaq est un autre exemple de collaboration significative. Bernard Paquet, Québécois, et Jusipi Kulula, Inuk, ont conçu ensemble des sculptures de bélugas, symbolisant l'intention inuite de se réapproprier leurs espaces, et mènent les visiteurs vers une réflexion respectueuse. 

La Station de recherche du Canad à Ikaluktutiak exige aussi des échanges entre la communauté et les travailleurs qui permettent une meilleure compréhension mutuelle.

Enfin, les écoles jouent aussi un rôle clé dans la réconciliation. À l’Université Laval, le professeur d’architecture André Casault invite ses élèves à concevoir quatre prototypes de maisons abordables adaptés au mode de vie innu, en collaboration avec les membres. Son objectif ? « Enseigner aux futurs architectes à intervenir dans le respect et la compréhension de l’autre. » 

Bref, l’architecture vit dans chaque culture, et est un outil puissant qui nous mènera vers la réconciliation. Inspirons-nous de Douglas Cardinal pour s'entraider et bâtir un pays honnête et uni. 

Anabel Régimbald École secondaire catholique Béatrice-Desloges
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