« La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres » - Critique Pièce de théâtre Am de Kim Thuy

Pour sa première pièce, Kim Thúy nous parle de son amour pour la nation québécoise.  Ấm, qui signifie « chaleur » en vietnamien, nous transporte tout en tendresse, dans la rencontre de mondes différents.

L’eau comme frontière

Un décor simple, mais puissant est dressé pour raconter pendant une heure et demie une tranche de la vie de l’autrice.

Tout commence avec Ành, interprétée par Cynthia Wu-Maheux, qui traverse la scène divisée en deux par une étendue d’eau.  Les pieds nus, elle avance et observe son environnement, comme lors de son départ du Vietnam. La scène représente en toute simplicité le geste de quitter son pays en guerre. 

« La prémisse, c’était de rappeler les boat people. C’est pour ça qu’Ành commence la pièce avec la traversée, l’eau, les deux continents qui se séparent, a expliqué Jean Philippe Perras, interprète du personnage de Jacques, lors de la période d’échanges avec le public tenue après la représentation.

 Un amour viscéral

L’amour remplit le cœur de la pièce et dicte son cours.  Entre moments du passé et du présent qui s’enchaine sans embuches, Ành lance au public que, dès son arrivée, elle est tombée en amour avec le Québec. On ne peut s’empêcher d’imaginer Kim Thúy en écoutant la comédienne. 

« Cet amour du Québec est très ancré en elle, précise Jean-Philippe, c’est plus qu’un concept de parler français ou d’aimer Paul Picher ou pas.  C’est viscéral ce qu’elle essaie de traduire. »

C’est en toute humilité que Kim nous raconte à travers les mots d’Ành les difficultés d’un couple mixte.  Comme Kim et son conjoint, Ành est d’origine vietnamienne et Jacques est un Québécois pure laine.  Le début de leur amour est fort et doux à la fois.  Des scènes cocasses, mais simplistes nous embarquent dans leur rencontre et le quotidien de leur chimie.

Vivre dans la différence

Différence de points de vue ou de valeurs, comme aimer le camping ou pas, crée toutefois des tensions dans le couple.  Les comédiens ont toutefois réussi à faire ressentir la tendresse à travers leur désaccord.

« C’est tellement un grand défi dans un désaccord de se rappeler qu’il y a une chaleur et une humanité, ajoute Jean-Philippe tout en émotion.  C’est de ne jamais oublier qu’on n’est pas obligé d’être en accord, mais qu’en avant de nous, il y a un être vivant, amoureux et rempli de vie qu’il faut respecter. »

Différence atypique

Malgré leur différence de points de vue, un élément rallie le couple, leur fils Noé.  Celui-ci est un enfant neuroatypique qui ne parle pas, comme Valmond, le fils de Kim Thúy.

C’est donc en dansant dans l’étendue d’eau que Noé, interprété par le danseur contemporain Jimmy Trieu Phong Chung, s’exprime sur scène. 

« L’eau est habitée principalement par le personnage de Noé, précise le père de celui-ci. À lui seul, il rallie les deux continents, qui rallient les deux êtres, les deux cœurs. »

Improvisation dansante

Jocelyne Montpetit signe ces chorégraphies sensibles, qui ouvrent un espace à l’émotion du public.  La plupart de l’entité est toutefois une improvisation structurée.

« Souvent j’ai des consignes spécifiques à certains  moments, mais mes mouvements de danse sont différents à chaque spectacle, précise le danseur Jimmy Trieu Phong Chung.  Environ 70% de la pièce, je l’improvise, mais dans une structure. »

En plus de l’improvisation, Jimmy réussit avec brio à composer avec une énorme difficulté, danser les pieds dans un énorme bassin d’eau.  Plusieurs mouvements difficiles au sol sont exécutés à la perfection par le danseur. 

Les comédiens finissent par se mouiller le gros orteil dans le bassin.  Celui-ci prend six heures à remplir et, malgré que l’eau soit chauffée avant le spectacle, il se refroidit rapidement.  Cynthia Wu-Maheux a confié au public qu’à la fin du spectacle, l’eau est « frette ». 

Le poids des mots

Pendant près d’une heure trente, Cynthia Wu-Maheux et Jean-Philippe Perras se partagent le dialogue avec justesse. À eux seuls, ils portent toute la charge dramatique de la pièce, une tâche exigeante, relevée avec brio. Jamais le public ne ressent de vide. 

« Une difficulté qu’on a eu avec le texte de Kim, c’est qu’elle parle avec tellement de poésie et d’image, que le travail de mémorisation est plus complexe, précise Jean-Philippe. »

Métaphores filées, langages imagés, antithèses et contrastes culturels signent le texte de Kim Thúy. Celui-ci est disponible sous forme de récit en librairie depuis le 10 novembre. 

Mégan Mongeon La Cité collégiale
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